Rappel: ceci est mon roman. Ne vous imaginez donc pas à trouvez systématiquement à chaque épisode une scène de cul torride. Pour ceux qui ne s'intéressent qu'à cela, inutile de lire cet épisode, cela vous évitera de mettre une mauvaise note, par pure méchanceté. Nous réalisons soudain que le temps a filé, que l’heure du repas a dû sonner depuis longtemps. Un frisson me parcourt : la mère de Smaïn nous attend sûrement, et l’odeur du couscous doit déjà flotter dans la maison. Nous échangeons un regard complice, encore ivres de plaisir, puis nous nous habillons à la hâte, les doigts tremblants, les vêtements en désordre.
Nous montons les marches de la cave en silence, nos corps encore chauds l’un contre l’autre, et nous glissons dans la maison comme deux voleurs.
Dix minutes plus tard, nous sommes assis à table, les joues encore rouges, les yeux brillants. Le couscous royal fume devant nous, riche en légumes, en agneau et en merguez, et l’odeur du thym et des épices remplit l’air. La mère de Smaïn nous observe avec un sourire, sans se douter de ce que nous venons de vivre.
Il faut faire honneur à la maitresse de maison qui nous sert, ressert et ressert jusqu’à en faire péter la panse.
En fin de repas, nous nous retirons dans la chambre de Smaïn pour une sieste. Il s’endort en deux minutes, sur le dos, bouche ouverte. Pour moi, impossible. Trop mangé ! Je me lève discrètement pour aller chercher un verre d’eau à la cuisine. L’appartement est désert sauf la mère de Smaïn faisant seule la vaisselle. Elle me demande si tout va bien. Je lui réponds que j’ai pas l’habitude de tant manger. Elle me répond :
« Assieds-toi mon fils, je vais te faire un thé à la menthe, ça va te faire digérer. »
Elle me tend une tasse de thé à la menthe fumant, le liquide doré scintillant sous la lumière de la cuisine. Elle s’assoit en face de moi, les mains posées sur la table, et m’observe avec un regard à la fois doux et perçant.
"Alors, Pierre, tu as aimé mon couscous ?" me demande-t-elle en tournant lentement sa tasse entre ses doigts. Puis sans plus attendre, comme si cela la brûlait…
"Moi, ce que j’aime, c’est de voir mon fils heureux. Et puis, tu sais…" elle baisse légèrement la voix, comme pour partager une confidence « c’est moi qui fais la lessive dans cette maison. Qui lave les pyjamas, les slips de mes garçons…"
Elle me regarde droit dans les yeux, sans rien ajouter, mais le message est clair.
Je bois une gorgée de thé, sentant une chaleur monter à mes joues.
"Alors tu sais, Pierre, mon Smaïn…" reprend-elle, "il a toujours été un garçon très affectueux. Très proche de ceux qu’il aime. Et je vois bien la façon dont il te regarde. Et toi aussi, d’ailleurs."
Elle marque une pause, observant ma réaction.
"Il a un cœur gros comme ça", poursuit-elle en écartant les bras, "et quand il s’attache à quelqu’un, c’est pour la vie. Tu comprends ?"
Je reste silencieux, un peu troublé. Elle sourit, comme si elle avait deviné mon malaise, et ajoute, l’air détendu mais avec une pointe de sérieux :
"Je ne suis pas naïve, Pierre. Je sais qu’il y a des choses qu’on ne me dit pas. Mais je vois aussi que tu le rends heureux. Et c’est tout ce qui compte pour moi. Tu sais, nous, les mères, on est les seules à ressentir ça, à le comprendre… et à pouvoir continuer à aimer nos fils, quoi qu’il arrive. Les hommes, eux, sont trop fiers… ou trop bêtes, si tu préfères."
Elle se penche légèrement en avant, baissant la voix comme pour partager un secret.
"Je ne vais pas te faire la morale, Pierre. Je veux juste qu’il soit heureux. Et toi aussi. Mais attention, hein ?" Elle me regarde droit dans les yeux, son ton devenant soudain plus ferme. "Si jamais tu lui brises le cœur, je te casse les jambes. Et je te promets que tu ne marcheras plus jamais comme avant."
Elle se redresse et prend une gorgée de thé, me laissant avec mes pensées et ce thé qui, soudain, a un goût un peu plus profond, plus amer. Elle récupère de la vaisselle qu’elle range dans le placard et en profite pour me dire, mais dos tourné
« Et dans la chambre, c’est votre monde, mais soyez discrets… » Et, sur ce, elle quitte la pièce, toujours en me tournant le dos.
Je reste assis, la tasse de thé à la menthe encore tiède entre mes mains, mais mon esprit est ailleurs. Les mots de cette femme résonnent en moi comme une mélodie douce et triste à la fois. Elle, avec son sourire calme et ses yeux pleins de sagesse, tient les rênes de cette famille comme une gardienne silencieuse.
Je repense à Karim, ce frère fou, ce déchaîné qui s’en donne à cœur joie dans les caves sombres et humides avec les voisines hystériques, comme si chaque étreinte était une victoire arrachée à la nuit. Je revois le père, discret, presque fantomatique, qui s’éclipse le soir pour aller chercher une autre forme de prestation, que sa femme sans doute lui refuse, dans l’ombre d’un jardin sordide, loin des regards, loin des jugements.
Et elle, elle est là, au milieu de tout ça. Elle lave les draps, elle range les pyjamas, les slips tachés ou pas, elle ferme les yeux sur les écarts de ses hommes, comme si elle savait que la vie est trop courte pour se perdre en reproches. Elle les aime, simplement, sans conditions, sans attentes. Elle est le port sûr dans leur tempête, celle qui maintient la barque à flot, même quand les vagues menacent de tout emporter.
Je sens une boule se former dans ma gorge. Elle, la sainte parmi les pécheurs, la lumière dans l’obscurité. Elle ne juge pas, elle ne condamne pas. Elle aime. Juste ça. Et c’est peut-être la chose la plus belle et la plus rare au monde : une vraie mère.
Je pousse la porte de la chambre. Smaïn dort sur le dos, la bouche entrouverte, un bras jeté au-dessus de sa tête. Il est si beau, si paisible. Je m’assois sur le bord du lit, le cœur lourd.
Je pense à sa mère, à son regard qui perçait tout à l’heure. Elle sait. Elle a tout deviné. Et si Smaïn veut lui parler, je ne peux pas le laisser faire seul.
Je me penche, effleure son épaule.
"Smaïn…" murmuré-je.
Il grogne, cligne des yeux.
"Ta mère…" dis-je, la voix tremblante. "Elle a compris. Pour nous. Et tu as raison, je crois qu’il faut qu’on lui parle. Ensemble."
Il se redresse, instantanément éveillé, et me regarde avec une intensité qui me coupe le souffle.
"Oui… Il faut que je lui parle… Mais tu veux qu’on y aille ensemble ?"
"Qu’est-ce qu’on fait pas ensemble, mon amour ?" murmuré-je.
« Oui, t’as raison, c’est vrai… Mais c’est chic de te part. Habibi. »
Smaïn entre dans la cuisine d’un pas décidé, et sans hésiter, il se jette sur sa mère, l’enlaçant avec une force qui la fait presque vaciller. Je vois son visage à elle, tourné vers moi, tandis que ses doigts caressent lentement les cheveux de son fils, comme pour s’imprégner de ce contact. "Mon fils, mon tout petit…" murmure-t-elle, la voix légèrement tremblante, mais les yeux brillants d’une fierté discrète.
Puis elle se redresse, essuyant une larme furtive du coin de l’œil, et nous observe tour à tour. "Vous êtes venus ensemble, c’est bien. C’est courageux." Sa voix est douce, mais ferme. "Ça me plaît." Elle se lève avec une grâce tranquille, ajuste son châle sur ses épaules et ajoute en se dirigeant vers le couloir : "Attendez, je vais fermer la porte de notre chambre. Ton père dort encore, et je ne veux pas qu’il nous dérange… Servez-vous un thé, il est encore chaud."
Smaïn me tend un petit verre décoré, le thé à la menthe fumant entre nos mains. Nous nous asseyons côte à côte, nos épaules se frôlant à peine, mais assez pour que je sente la chaleur de son corps contre le mien. Elle revient, s’installe en face de nous, les mains jointes sur la table, comme pour une prière ou une confidence. Elle nous regarde longuement, un sourire malicieux aux lèvres, puis lance, la voix teintée d’une tendresse qui me serre le cœur :
"Alors, mes deux pigeons ?"
Smaïn entame, la voix légèrement tremblante :
"Écoute, maman…"
Elle pose une main sur son bras, l’interrompant avec une douceur ferme.
"Attends, mon fils. Laisse-moi parler d’abord. Je sais que c’est plus difficile pour toi que pour moi."
Ses ...
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